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Broome – Darwin ou l'ouest sauvage

Et c’est reparti pour huit jours de bush camp, cette fois-ci en bus 4x4 pour parcourir quelques milliers de kilomètres supplémentaires et découvrir la région des Kimberleys. Une bonne partie du trajet se déroulera effectivement sur des routes non goudronnées, mais heureusement en bon état en ce début de saison sèche, car récemment entretenues. Ca a presque déçu notre guide Annie, qui semble préférer les routes défoncées !

Saviez-vous qu’on trouve des baobabs en Australie ? Eh oui, tout comme en Afrique et à Madagascar. La dérive des continents voudrait que la région Nord-Ouest de l’Australie, les Kimberleys justement, aient été rattachées à l’Afrique plus longtemps que le reste de l’Australie, et que sa rencontre avec ce continent ait formé la chaîne de montagne des Kimberleys justement. On trouve également à l’emplacement de cette jonction une chaîne montagneuse qui était une autre Grande Barrière de Corail, mais à l’Ouest du continent. Aujourd’hui, elle est en plein air, pas très haute, sorte d’épine dorsale qui sort de terre. C’est assez intéressant géologiquement parlant, on trouve en parallèle trois chaînes de montagnes, distantes de quelques kilomètres, et formées chacune de roches totalement différentes.

Donc pour en revenir aux baobabs, qui sont parmi les seuls arbres australiens à perdre leurs feuilles en hiver (et c’est l’automne ici, je vous le rappelle), il y en a donc tout plein ici. Certains sont très vieux, plusieurs centaines d’années pour certains, peut-être plus de mille ans pour les plus anciens. Impossible à dater, car ils ne forment pas de cercles dans leur écorce comme les autres arbres. En plus, ils sont souvent creux avec le temps. Dans tous les cas, ils sont extrêmement sacrés pour les aborigènes, et seuls les anciens qui y ont été initiés peuvent les approcher. Les aborigènes ont plein de choses très sacrées comme ça, auxquelles le commun des mortels n’ose pas approcher, pour ne pas en déranger les esprits qui y reposent. Des termitières par exemples, de très vieilles termitières qui peuvent mesurer jusqu’à plusieurs mètres de haut et abriter des milliards d’individus. Il y a des milliers d’espèces de termites en Australie, qui se nourrissent d’herbe ou d’arbres. Et il y a des termitières un peu partout, en fonction de la végétation, et chaque espèce fait des monticules de forme différente. Ca ne donne en général pas une grande espérance de vie aux arbres, mais c’est ainsi que se renouvelle la flore du pays. Avec en plus les incendies que la foudre ou les aborigènes allument régulièrement et qui régénèrent le sol australien, la faune et la flore du pays ont tout intérêt à être résistants.

Tout ça pour en arriver au Boab Prison Tree, un gros baobab très sacré, avec un immense creux dans lequel on peut entrer, que les aborigènes n’appellent évidemment pas comme ça, mais qui était utilisé par les policiers australiens pour emprisonner les aborigènes lorsqu’ils les emmenaient en ville pour les juger d’un quelconque délit. Et les pauvres aborigènes étaient terrorisés de profaner un tel endroit. Mais enchaînés comme ils l’étaient ils ne pouvaient évidemment rien faire.

Quant aux termitières, les vieux sages sont enterrés dans les plus grandes lorsqu’ils meurent, les termites se chargeant de refermer la termitière… les plus petites termitières par contre sont utilisées par les aborigènes comme réserve de brindilles sèches pour faire du feu (les termites font des réserves pour la saison humide, elles n’aiment pas les herbes fraîches), comme remède contre la diarrhée et comme fortifiant pour les femmes enceintes. Ah, et les baobabs sont riches en eau, si par hasard vous mourrez de soif… mais il ne faut pas toucher aux vieux baobabs, comme déjà expliqué.

Il parait qu’une course a été organisée il y a quelques années entre trois concurrents, par une chaîne télévisée documentaire. Il y avait un jeune, avec GPS et tout l’équipement moderne, un baroudeur allemand qui avait déjà parcouru tous les coins extrêmes de la planète, et un vieux sage aborigène de 80 ans. Ils devaient parcourir le nord de l’Australie d’Ouest en Est, à pied. Devinez qui a gagné, demandant aux esprits des arbres et des termitières où trouver de l’eau et les autres ressources nécessaires ? Il faudra que je trouve ce documentaire un de ces jours, The Big Race sauf erreur, de la BBC ou de National Geographic.

J’espère que je ne vous embête pas trop avec toutes mes histoires, mais sur place, c’était passionnant, et Annie raconte tout ça très bien.

Après ça, on s’est lancé sur la Gibb River Road, route non goudronnée qui traverse les Kimberleys. On a visité Tunnel Creek, une grotte où s’est caché pendant trois ans un hors-la-loi aborigène, alors que la moitié de la police de l’état d’Australie Occidentale était à ses trousses.

Fin de la journée à Windjana Gorge, dans un ancien récif corallien, à observer les crocodiles d’eau douce et le tumulte des cacatoès à la tombée du jour.

Le lendemain, nous partons explorer Bell Gorge, et commençons ce qui sera une de mes occupations favorites durant ce circuit, soit barboter dans les différents cours d’eau qui parcourent les gorges, se rafraîchir sous les cascades, et escalader les parois pour atteindre plein de coins perdus et paradisiaques. Le groupe avec qui je suis a une super dynamique, et nous apprécions tous ces excursions. En plus, à force de marcher, grimper, nager, plonger, je commence à avoir la forme. Bref, dès qu’il y a un plan d’eau sans crocos, je me jette à l’eau !

Les aborigènes ne se baignent pas dans des eaux dont ils ne voient pas le fond… il ne faudrait pas déranger l’esprit qui y habite. Ce sont justement ces endroits qui nous plaisent, pour sauter et plonger des falaises… j’espère qu’ils ne nous en auront pas voulu…

Nous atteignons en fin du troisième jour El Questro, une exploitation bovine reconvertie en complexe hôtelier de luxe où les célébrités viennent oublier leurs soucis. Nous avons le droit d’accéder aux sources thermales le matin, l’après-midi est réservé pour les hôtes de marque de l’hôtel… Nous partons explorer les gorges d’El Questro, escaladant les éboulis et les rochers pour atteindre le fond de la gorge et la cascade qui s’y cache.

Ah oui, pourquoi ce nom étrange ? L’exploitation appartenait à un espagnol, qui l’a perdue au poker. Le nouveau propriétaire ne se souvenait plus exactement du nom de la propriété quand il l’a fait inscrire au registre foncier, et a donné ce nom qui, si je ne me trompe pas, ne veut absolument rien dire !

Nous passons la quatrième nuit auprès d’un billabong (je ne connais pas la traduction exacte, il s’agit d’un plan d’eau qui ne sèche pas durant l’hiver, et accessoirement une marque de vêtements), l’endroit est sympa mais infesté de moustiques. Pour une fois, nous montons les tentes pour dormir. Sinon, nous nous contentons des swags, à la belle étoile. Les plus courageux se lèvent avant l’aube, pour aller voir le soleil se lever observer la faune sur le billabong.

La deuxième partie du circuit nous mènera dans le parc national de Purnululu, voir les étranges montagnes des Bungle Bungles. En fait, un gros château de sable, qui aura disparu dans quelques milliers (millions ?) d’années. Le fer contenu dans le sable s’oxyde au contact de l’air et forme une fine pellicule qui fait tenir le tout ensemble. Si on gratte un peu, dessous c’est du magnifique sable blanc… Donc il ne faut pas trop y toucher. Heureusement que le site n’a été touristiquement découvert qu’il y a une vingtaine d’années, au cours d’un reportage sur l’exploitation bovine qui occupait ces terres. Evidemment les aborigènes connaissent le coin depuis vingt mille ans, les fermiers occidentaux depuis une petite centaine d’années. L’exploitation bovine existe toujours, mais elle a été amputée des quelques centaines de kilomètres carrés qui composent le parc national. Il ne faut pas oublier qu’ici on rabat le bétail en hélicoptère, tellement les pâturages sont immenses !

A propos d’hélicoptère, je me suis offert un petit survol du massif, c’était bien sympa !

Parmi les participants, il y a une jeune néerlandaise qui voyage avec sa guitare, et qui chante extrêmement bien. Et nous nous rendons dans un endroit appelé Cathedral Gorge, dont l’acoustique est magnifique et nous avons droit à un mini concert. Les autres touristes s’arrêtent aussi pour écouter… Merci Sandra pour ce concert !

Nous quittons Purnululu et nous visitons brièvement le lac Argyle, un lac de retenue qui permet l’irrigation des cultures de la région. Un tour en bateau, un bébé crocodile, quelques oiseaux et un dernier plongeon, et nous mettons le cap sur Darwin, dont nous sommes encore à plusieurs centaines de kilomètres. Ca permet à tout le monde de dormir un peu dans le bus.

Encore une petite trempette matinale aux sources chaudes de Katherine, un arrêt baignade aux Edith Falls, et c’est la fin du voyage. Fatiguée, mais heureuse ! Nous arrivons quand même à nous retrouver tous ensemble le soir dans un établissement pour manger, boire et danser.

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