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Lombok

Un couple de suédois nous avait dit le plus grand bien de la petite île de Lombok, et nous décidons de nous y rendre. Quelques heures de bemo, les bus locaux, et de ferry plus tard, nous débarquons à la tombée du jour et sommes accueillis par une volée de vautours agressifs, qui nous proposent des transferts vers les lieux touristiques à dix fois le prix. Charmant accueil, on nous insulte presque. Si vous ne voulez pas payer le prix, vous n’avez qu’à reprendre le ferry pour Bali ! Nous parvenons à sortir du port, à rejoindre la gare routière et à trouver un transport pour la station balnéaire de Senggigi à un prix presque raisonnable.

Je suis mal en point, un début d’angine. De la peine à avaler et la tête qui va éclater. L. nous trouve une bonne chambre calme et après quarante-huit heures de repos je suis à nouveau d’aplomb.

Par contre, je refuse énergiquement de faire l’escalade du mont Rinjani, le volcan principal de l’île. Non, ça ne me fait pas rêver de monter à 3700 mètres. J’aurais éventuellement été d’accord d’aller jusqu’au cratère à défaut du sommet, si on ne nous demandait pas en plus un montant astronomique.

La chute du tourisme est encore plus frappante à Lombok. Des ensembles de bungalows abandonnés, de nombreuses échoppes fermées, un harcèlement incessant pour essayer de nous vendre montres, bracelets, sarongs, couvertures ou copies de parfums. Marre de ces gens qui n’ont rien d’autre à faire de leurs journées que d’attendre les rares touristes pour essayer de leur refourguer leur camelote. Et presque toujours que des hommes, toujours souriants et sympathiques, qui traînent en fumant cigarette sur cigarette. Ils ont le temps, tout le temps. Un groupe est installé sur la plage devant l’hôtel, et les vendeurs agitent leur bazar sous nos yeux dès que nous mettons le nez hors du bungalow. Bon, c’est vrai, il y a aussi quelques femmes, qui nous proposent des massages à longueur de journée.

Un peu d’authenticité, enfin

A défaut de trekking, nous décidons d’investir dans la location d’une voiture, pour pouvoir transporter nos bagages et être libres de visiter Lombok à notre guise. Nous nous retrouvons au volant d’une minuscule jeep Suzuki au démarrage capricieux, et nous partons à l’assaut de Gunung Rinjani. Nous choisissons de passer la nuit dans la vallée où finissent les treks, plutôt que dans celle d’où ils partent, qui est trop touristique.

La guest-house est des plus basiques, mais nous sommes en altitude et il fait frais, c’est plutôt agréable. Nous nous promenons un peu dans le village en arrivant, personne n’a rien à nous vendre, c’est parfait. C’est vendredi et les gens se rendent à la mosquée pour la prière, les enfants nous font de grands signes depuis derrière les murs de l’enceinte pendant que leurs parents prient.

Après un réveil dans les râleries de L. qui ne supporte pas l’appel à la prière du muezzin à l’aube, nous partons nous promener le long de la route, jusqu’au sommet du col qui relie cette vallée à l’autre côté du volcan. Le long de la route, d’abord des champs et des rizières où s’affairent les habitants du village, puis des forêts peuplées de singes, dans lesquelles les gens ramassent du bois pour le feu. Quelques bus et camions empruntent cette route, chargés de marchandises et de gens. C’est toujours impressionnant de voir ces véhicules avec des grappes de gens accrochés sur les caisses et les paquets, presque assis sur la cabine du chauffeur. Dans nos pensées d’occidentaux, on ne peut s’empêcher de se demander se qui se passe en cas d’accident…

En redescendant au village, on croise un groupe d’ouvriers qui font leur pause repas à côté de leur camion. Ils font un peu les imbéciles pour la photo, nous demandent des cigarettes, et comme tout le monde nous demandent d’où nous venons. J’ai pris l’habitude de mentir et répondre « de France » quand je voyage, même si ici je ne crois pas qu’ils aient une connaissance suffisante de l’Europe pour associer la Suisse à un pays particulièrement riche, je crois que de toute façon les touristes leurs paraissent indécemment fortunés. La réaction amusante que nous rencontrons ici c’est qu’en disant « France », ils répondent Zizou ou Zinédine Zidane ! Voilà donc à quoi, amis français, vous êtes réduits dans l’inconscient collectif indonésien :-)

Nos pas nous reconduisent vers les rizières, et là aussi les ouvrières prennent leur pause. Je les prends en photo depuis la route, elles me font signe d’approcher, et j’avance avec précaution et sous leurs rires entre les champs inondés. Une vieille femme mime quelques pas de danse, tout le monde s’amuse.

Nous pensions prendre ce même col pour continuer notre route, mais malheureusement le petit moteur de notre voiture a refusé de grimper la côte, calant et refusant de redémarrer… J’ignore si on peut démarrer une voiture en marche arrière, on n’y a d’ailleurs même pas pensé sur le moment, on a préféré lui faire faire un demi-tour tant bien que mal avant de profiter de la descente pour la faire repartir. Ah oui, les gens sont peut-être plus sympas ici, mais il n’y en a pas un qui donnerait spontanément un coup de main pour pousser la voiture, c’est plus simple de regarder faire, assis sur la moto, en attendant qu’on libère la route. Mais en demandant, ils nous ont quand même aidés.

Donc tour de la montagne, on suit la côte orientale de l’île. La région est peu aguichante, plutôt pauvre. Encore un coup de paranoïa ou est-ce qu’il nous semble qu’on nous jette des pierres sur la voiture à un carrefour ? Bizarre. Il n’y a pour ainsi dire aucun hôtel ailleurs que dans les villes touristiques. Nous mettons le cap sur Kuta, une station balnéaire au sud de l’île, annoncée dans les guides comme un endroit charmant avec une belle plage et de beaux rouleaux pour les surfeurs.

Effectivement, c’est plus touristique, il y a des magasins de souvenirs, des panneaux nous indiquant que nous sommes dans un village sasak (l’ethnie principale de l’île), des poteries, des tissages, des t-shirts, des sarongs par tonnes. Mais à nouveau, ce côté sinistré, avec des bungalows et des hôtels abandonnés. Il n’y a pas foule, mais malgré tout les prix sont relativement élevés pour le pays. Nous optons pour un complexe assez luxueux, à un prix raisonnable, un établissement qui appartient en partie à l’état. Il y a d’ailleurs une soirée officielle ce jour-là, avec les investisseurs. On tente en vain de se rafraîchir dans la piscine trop chaude de l’hôtel. Il y a peu de clients, quelques japonais, des brésiliens, c’est extrêmement calme.

Nous nous promenons un peu dans la région le lendemain. Nous nous arrêtons sur une très belle plage, immédiatement assaillis par les vendeurs de sarongs, t-shirts, bracelets et noix de coco. Il faut dire que nous sommes les seuls touristes. Pas facile de gagner sa vie dans ces conditions, quand l’offre dépasse à ce point la demande. Un jeune vendeur nous baratine, prétend que c’est sa maman qui tisse les sarongs (visiblement industriels), qu’il va lui-même cueillir les plantes pour teindre les fils. Les prix baissent d’heure en heure, on a le temps, lui aussi. C’est terrible, ils essaient vraiment de nous avoir à l’usure, mais nous ne sommes pas acheteurs. Nous bavardons avec le vendeur, pendant que tombe la pluie. Il joue un peu d’une espèce de guitare bricolée, nous parle du kriss que son père a hérité de ses grands-parents, auquel les femmes n’ont pas le droit de toucher. Sa mère s’est fait frapper par son père pour avoir osé y toucher, nous dit-il presque avec fierté. Et si sa petite sœur ne savait pas encore qu’elle ne devait pas y toucher, elle l’a appris à coups de bâton… A nouveau, seuls les hommes s’adressent aux touristes, les filles restent dans leur coin et ne semblent pas respirer le bonheur de vivre. On est dimanche, c’est pour ça aussi qu’il y a beaucoup d’enfants à la plage. J’espère qu’ils vont à l’école les autres jours, car il y a quand même pas mal de mendicité, c’est plus rentable que de perdre son temps en classe.

L’hôtel est presque un refuge, pour éviter de se faire harceler par les marchands de souvenirs. Je ne suis pas fière de voyager comme ça, mais le courant ne passe pas avec ce pays, il y a toujours des choses qui me restent en travers de la gorge.

Retour à Senggigi, la circulation est dense et pénible. Aux abords des villes, il faut compter avec des carrioles tirées par des chevaux en plus des habituels chiens, poules, motos, enfants, du riz ou des cacahouètes mis à sécher sur la moitié de la chaussée. Un taxi nous emmène au ferry, ce n’est pas plus cher que de se battre en marchandage avec les chauffeurs de bémos. Par contre, nous commettons l’erreur de ne pas acheter de billet de bus pour le transfert à Ubud une fois de retour à Bali. Nous le regretterons quelques heures plus tard.

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